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Poids au monté : que dit la nouvelle règle ? | LETROT
Code des courses

Poids au monté : que dit la nouvelle règle ?

18/03/2025 - INSTITUTION - 24H au Trot
Entrée en vigueur depuis le 3 mars après avoir été publiée dans le Bulletin Officiel n°43 en octobre dernier, l’évolution de la réglementation concernant le poids dans les courses au trot monté n’est pas sans faire réagir.
poids trot monté hippodrome de CaenUn peloton monté à Caen - © J.-L. Lamaère/SETF

La semaine dernière, Joël Hallais, sur l'antenne d'Equidia, n'a pas manqué de faire connaître son désaccord profond alors qu'il présentait au départ d'une course pour apprentis sa pensionnaire Joyeuse du Rib (Cyprien Des Bordes) à Laval : "Dans une course d'apprentis aujourd'hui, on monte de 57 à 63 kilos, ce qui fait qu'elle a 12 kg de plomb (N.D.L.R. : il parlait de sa petite-fille Clara Dersoir, très légère). Il y a eu un changement de règle complètement absurde qui ne ressemble à rien. (...) On parle du bien-être animal mais où est le bien-être en chargeant un cheval avec 12 kilos de plomb ? Avant ce changement de règle, elle aurait monté à 58 kilos (contre 62 ce jour-là)". Lundi à Caen, toujours chez nos confrères d'Equidia, Karl Champenois a expliqué la raison de l'émoji rouge déclaré pour la jument Jane Hudson (Saxo De Vandel) qui s'est imposée : "Je trouve que le poids des apprentis est désormais trop élevé et la différence avec les professionnels devient dérisoire. Mathis (Champenois) monte avec seulement deux kilos d'écart face aux meilleurs professionnels. Le talent n'est pas cher payé".

Les origines de ce changement de poids dont nous publions le tableau récapitulatif remontent à une réflexion sur la spécialité de l'Étrier et plus particulièrement sur le fait de savoir si elle joue encore son rôle de vivier de jockeys et de futurs professionnels, alors que le déficit de jockeys justement est réel dans certaines régions. À ce sujet, dans le cadre d'un dossier analytique sur la spécialité au printemps de l'an dernier, nous avons publié un article intitulé "Il faut sauver le soldat apprenti monté" (lire ICI) qui faisait état des réflexions menées notamment par la Commission du Code sur le sujet. "C'est une équation à plusieurs inconnues qui n'est pas facile à résoudre, nous expliquait alors Bruno Muel, son Président. La marche entre le statut d'apprenti et celui de professionnel est bien souvent énorme pour ces jeunes. On s'aperçoit aussi que l'on n'a pas ce problème à l'attelé."

Neuf mois plus tard, on a de nouveau sollicité Bruno Muel. "Comme toute nouvelle règle, il faut l’assimiler et cela prend du temps. J'entends et je comprends les remarques, mais je pense que c’est plutôt une bonne mesure dans l'ensemble, réagit-il. Il y a peut-être un trou dans la raquette en n'ayant pas pris en compte suffisamment les seules courses réservées aux apprentis où ceux-ci montent avec plus de poids qu’auparavant. Est-ce que l’on peut regarder ce cas de façon à ce que les chevaux portent moins de poids ? Cela va être évoqué lors d'une prochaine réunion de la commission. Il faudra voir s’il y a ou non une faisabilité."

Bruno Muel rappelle la démarche qui a abouti à la validation de ces nouveaux poids : "Ces changements n'ont pas été faits au doigt mouillé. Cela a pris du temps, entre sept à huit mois durant lesquels il y a eu beaucoup de discussions. Cette nouvelle règlementation vise aussi à fidéliser les jeunes dans les écuries et à donner à leur patron un avantage quand ils courent pour eux. Des enquêtes ont été faites dans toutes les régions où l’on a pesé le poids réel de tous les jockeys. On serait d'ailleurs surpris du nombre de jeunes qui montent plusieurs kilos au-dessus du poids auquel ils devraient le faire. J’entends le discours formateur de Joël Hallais qui est un immense entraîneur. Mais on ne peut pas faire des lois pour quelques jeunes filles très légères. Quand ces jeunes filles décrochent avant de passer professionnelles ou juste après, elles ne le font pas en raison du poids mais de la vie sociale imposée par notre métier. On voit aussi au galop où les femmes bénéficient d’un avantage au poids. Cela ne les empêche pas de décrocher, à 25 ans ou à 30 ans, pour fonder une famille. Plus généralement, je ne crois pas que l’on doit garder ce métier uniquement pour des petits poids et des petites tailles". Si une partie de la réflexion engagée est venue d'une demande des jockeys professionnels qui considéraient l'écart au poids trop important en faveur des apprentis dans les courses Premium avec avantage au poids pour ces derniers, "la Commission du Code n'a pas cédé aux désidératas du vestiaire de Vincennes. Pourquoi y aurait-il jusqu'à 12 kilos d’écart à cheval égal ? Ce qui était, pourquoi pas, valable il y a vingt ans n'est plus d'actualité", estime Bruno Muel.

© B. Vandevelde/SETF© B. Vandevelde/SETF

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