Analyse
Marché des "réclamers", un pilier économique à part entière
21/03/2025 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
Est-ce que les différents potentiels acheteurs des dix-huit courses à réclamer entre samedi et lundi derniers se sont dits qu'eux aussi allaient peut-être se rendre acquéreurs d'un futur ou d'une future gagnante de Groupe I comme Emeraude de Bais ? Fort probablement, certains ont dû y songer quand ils ont glissé leur bulletin de réclamation dans les boîtes dédiées à cet effet sur les hippodromes de Maure-de-Bretagne, Agen, Bihorel-lès-Rouen ou encore Châtillon-sur-Chalaronne. Le fait que plus de trente chevaux ont changé de mains en l'espace de soixante-douze heures montre le potentiel de ce marché des réclamers qui répond ainsi à une demande et pourrait se développer selon Rodolphe Hamon et Philippe Barbier, deux acteurs et très bons connaisseurs qui nous font partager leurs perceptions.
Le chiffre
2.566 le nombre de trotteurs qui avaient lundi matin à côté de leur nom le picto "€" pour signifier qu'ils sont à vendre (à retrouver sur infonet).
S'il souhaiterait que le nombre de réclamers soit plus important tout au long de l'année, notamment dans les réunions Premium parisiennes comme au galop, Rodolphe Hamon reconnaît que le programme des réunions de réclamers est intéressant en début de saison en Normandie, sa région : "Dimanche, il y avait une à Bihorel-lès-Rouen. Dans quinze jours, il y aura Saint-Aubin-lès-Elbeuf, puis en avril Les Andelys, en mai Bernay et en juin Gournay-en-Bray. Si vous arrivez à améliorer le cheval que vous avez acheté, vous montez de catégorie. Si ce n’est pas le cas, vous n’avez quasiment pas pris de risque puisque vous pouvez le recourir à réclamer tous les quinze jours".
Philippe Barbier : "Le rêve existe !"
Depuis de nombreuses années, Philippe Barbier fait partie des acteurs majeurs du marché des réclamers, en région parisienne comme en province. "Ce monde des réclamers est la première porte ouverte à tout le monde pour devenir propriétaire, insiste-t-il en préambule. Quand je vois les hippodromes pleins de gens passionnés, ce n’est pas possible que, parmi eux, il n'y en ait pas qui puissent mettre 700 ou 800 € dans une part de cheval. Le rêve existe ! Mais il faut le faire connaître." Il s'y emploie à travers sa société qui propose des parts de chevaux achetés à réclamer pour beaucoup. "L’exemple d’Emeraude de Bais fait partie des belles histoires des courses, avance Philippe Barbier. Mais, au-delà de cet exemple, l’historique de nos achats dans les réclamers sur les huit dernières années - soit 108 chevaux - montre que l’on peut faire de très bonnes affaires à tous les prix, ce qui permet à beaucoup de gens de vivre leur passion. Notre meilleur achat est Caftan Besp. Acheté 11.755 € au Mont-Saint Michel, il a pris 170.000 € en quatre ans. Ce n’est pas Emeraude de Bais bien sûr, mais ce n’est pas mal, non ? C’est le cas aussi d’Ultra Tivoli qui a pris 120.000 € après son achat pour 5.555 €."
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En observateur avisé de ce marché, Philippe Barbier pense qu'il n'est pas suffisamment mis en avant. "On se plaint d’avoir moins de parieurs et moins d’investisseurs. Mais fait-on réellement tout pour développer le propriétariat ?, s'interroge-t-il. Il faut faire connaître ce monde des réclamers. Il est tout à fait possible aujourd’hui d’acheter une part d’un cheval prêt à courir pour 800 €. Je ne suis pas le seul à proposer ce système de parts. Ça doit être mis en avant par la filière, alors que cela reste très fermé."
Actif aussi au galop, il regrette que le système mis en place par France Galop pour déposer en ligne des bulletins de réclamation ne soit pas décliné au trot. "Cela permettrait d’élargir l’ouverture de ce marché, se projette-t-il. C’est peut-être moins palpitant que quand vous êtes sur place, que vous voyez les gens glisser leur bulletin dans l’urne et que l’adrénaline monte au moment du dépouillement. Mais, au moins, ça permet à tout le monde de participer, peu importe l’endroit où vous vous trouvez. C'est un outil potentiel. Partout, on parle de l’IA (Intelligence Artificielle) et, nous, on resterait avec notre urne et nos bulletins papiers ? Il faut se moderniser. Si on veut continuer à exister, il faut suivre l’évolution de la société."
"Partout, on parle de l’IA (Intelligence Artificielle) et, nous, on resterait avec notre urne et nos bulletins papiers ?" (Philippe Barbier)
Par ailleurs, Philippe Barbier, qui avait repéré Saphir de Morge (Guenor) avec Patrick Terry dans un réclamer avant de l'acheter à l'amiable auprès de Jean-Baptiste Bossuet pour le compte de l'Écurie Pôle Position, trouve que "la qualité des chevaux dans les réclamers est moindre ces dernières années, surtout en province, et qu’il n’y a pas de juste milieu". Mais il constate avec satisfaction que "le marché reste actif comme on a pu le voir le week-end dernier".
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Calendrier des réunions "à réclamer" jusqu’au 30 juin
Fédération Anjou-Maine
→ le 5 avril : Le Mans (6 courses)
→ le 27 avril : Neuillé-Pont-Pierre (3 courses)
Fédération Basse-Normandie
→ le 27 avril : Le Mont-Saint-Michel (5 courses)
→ le 11 mai : Cherbourg (5 courses)
→ le 9 juin : Villedieu-les-Poêles (3 courses)
→ le 14 juin : Graignes (5 courses)
Fédération Est
→ le 8 juin : Châlons-en-Champagne (5 courses)
Fédération Île-de-France Haute-Normandie
→ le 30 mars : Saint-Aubin-lèes-Elbeuf (6 courses)
→ le 20 avril : Les Andelys (6 courses)
→ le 19 mai : Bernay (7 courses)
→ le 8 juin : Gournay-en-Bray (6 courses)
Fédération Nord
→ le 18 mai : Laon (6 courses)
Fédération Sud-Ouest
→ le 25 avril : Toulouse (6 courses)
→ le 19 mai : Angoulême (6 courses)
→ le 2 juin : Éauze (5 courses)
→ le 23 juin : Beaumont-de-Lomagne (6 courses)
Dans les Fédérations Centre-Est et Sud-Est, il n'y a pas de réunion de ce genre.
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