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Les courses à réclamer, vivier de belles histoires | LETROT
LE DOSSIER

Les courses à réclamer, vivier de belles histoires

24/03/2025 - GRAND FORMAT - 24H au Trot
La femelle la plus rapide d'Europe, chronométrée en 1’08’’3 au kilomètre, sur le mile de la Côte d’Azur, en 2024, est issue des courses à réclamer, ces épreuves pour chevaux à vendre qui, à la différence des ventes dédiées aux yearlings, par exemple, ne sont pas censées receler de potentiels champions. Et, pourtant, Emeraude de Bais vient de s’imposer dans un Groupe I, à 11 ans, et ses gains dépassent maintenant, largement, le million d’euros… Fantastique destinée, qui n’est pas la première du genre, mais demeure la plus aboutie.
Emeraude de Bais Emeraude de Bais - ©Scoopdyga
Hastronaute Hastronaute - ©Aprh

Hastronaute leur fait décrocher la lune !

Il y a un précédent récent au succès d’Emeraude de Bais dans un Groupe I, après qu’elle fut acquise à réclamer. C’est le parcours, en effet, aussi, de son cadet, Hastronaute (Booster Winner), lauréat de l’édition 2021 du Critérium des 4 Ans. Yannick Henry est à l’origine de cette autre belle histoire, lui qui, un jour de juin 2020, sur l’hippodrome de Beaumont-de-Lomagne, voit un poulain de 3 ans, fils de Booster Winner, s’imposer facilement dans un "selling", pour ce qui est seulement sa quatrième sortie, sous la responsabilité de Sébastien Guarato, lequel est également son éleveur, en partenariat avec Emmanuel Leclerc et l’Ecurie Feuillet. Yannick Henry est séduit, au point de glisser un bulletin dans l’urne, à 12.111 euros, pour un taux de réclamation initial de 10.000 euros.

Le destin d’Hastronaute est scellé. Aux soins de celui qui l’a acquis, en association avec deux de ses propriétaires, il va gravir progressivement les échelons, alignant les victoires, dans son Sud-Ouest d’adoption, d’abord, puis dans la capitale, au point d’être jugé digne de prendre part, un peu plus d’un an après son achat, au Critérium des 4 Ans. En sujet dur et tenace, il va faire la course en tête, imprimant son rythme, et ne rien lâcher jusqu’au poteau, sur le pied de 1’11’’7, soit le record de la course, partagé avec Enino Du Pommereux, le vainqueur de 2018.


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Hastronaute ne confirmera pas vraiment ce coup d’éclat, mais se comportera encore honorablement en plusieurs occasions, cumulant, à ce jour, treize succès, pour près de 400.000 euros de gains. Et, surtout, il aura gagné son billet pour le haras, où il est appelé à poursuivre l’œuvre amélioratrice de son père.

Passe Avant - Yves Dreux Passe Avant avec Yves Dreux - ©Aprh

Saphir de Morge : celui qu’on n’a pas eu

Saphir De Morge, un futur vainqueur du Prix des Centaures (Groupe I), en 2012, et troisième des Prix de Cornulier (Groupe I) et de l’Ile-de-France (Groupe I), en 2014, a couru et vaincu à réclamer, avant son avènement au plus haut niveau, mais il n’a pas changé de mains, restant aux soins de Franck Terry. Si tel n’avait pas été le cas, il aurait été l’un des héros de cette chronique. Il n’empêche qu’il a bel et bien été proposé à la vente dans une course à réclamer.

Un autre mâle et des hongres

En remontant davantage dans le temps, on trouve encore une excellente affaire, réussie par Yves Dreux, lorsqu’il réclama l’élève de Robert de Wulf, Passe Avant. Jusqu’alors, ce fils d’Ura, âgé de 6 ans, avait connu, comme l’on dit, des fortunes diverses. Sous la coupe et la monte du professionnel mayennais, il enchaîna neuf succès à Vincennes, Caen, Angers et, enfin, Enghien, où il s’adjugea même ce qui deviendra plus tard un Groupe II, le Prix de Londres !

Dans une liste qui ne peut être exhaustive, deux hongres, dont les gains finaux dépassent le demi-million d’euros, eux aussi à mettre au crédit des compétitions à réclamer, nous reviennent en mémoire. Prince Du Verger (Axe Des Sarts), d’une part, qui amassa jusqu’à 660.000 euros, à la faveur de quatorze victoires, notamment de Groupe III, et d’une cinquantaine d’accessits, et Quel Hermes (Hermes Du Buisson), d’autre part, qui monta ses gains à 540.000 euros, au fil, pareillement, de quatorze succès et d’une trentaine de places. Le premier fit son ascension sous la responsabilité de Jean-Michel Baudouin et le second sous celle du même Benjamin Goetz qui veille sur Emeraude de Bais.


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Blue and Red : le chemin inverse
Vainqueur, sans lendemain, d’une édition du Saint-Léger des Trotteurs (Groupe I), en 1992, Blue And Red est, quant à lui, un exemple de la trajectoire opposée, tourné vers les « réclamers » sur le tard, une fois quelque peu déchu. Un itinéraire à l’envers pour ce fils de Fakir du Vivier, qui aurait pu être admis à la reproduction, ce dont il n’a pas profité.

Le galop, plus enclin encore que le trot

Dans la discipline du galop, plat et obstacle confondus, les bonnes affaires "à réclamer" ne sont pas rares, étant plus nombreuses, en vérité, que dans celle du trot. Il est vrai que les "réclamers" sont une tradition héritée du galop, d’Angleterre au premier chef, où on les appelle les "sellings" (N.D.L.R. : du verbe vendre, "to sell", à vendre en Français).
En obstacle, le maître entraîneur Jean-Paul Gallorini s’était fait une spécialité de ces coups de poker gagnants, enlevant, par exemple, deux Grandes Courses de Haies d’Auteuil (Groupe I) avec des "réclamers", soit Goodea, lauréat en 1988, et Œil du Maître, vainqueur en 2008, ou encore une Grande Course de Haies des 4 Ans (Groupe I) avec Model Man, en 1990, un peu plus de deux semaines après l’avoir acquis. Marcel Rolland, de son côté, alla jusqu’à quérir le "Graal" de la spécialité, à savoir le Grand Steeple-Chase de Paris, tout bonnement, avec Mandarino, acheté à l’issue d’une troisième place, à réclamer, à 3 ans, sur les haies de Clairefontaine.

En obstacle, le maître entraîneur Jean-Paul Gallorini s’était fait une spécialité de ces coups de poker gagnants

En plat, Marcel Rolland, encore lui, est à l’origine de l’épanouissement de Fair Mix, acquis à réclamer, en provenance de l’entraînement Fabre, par l’entremise de l’Ecurie Week-End, alors animée par François Hallopé, et gagnant, par la suite, du Groupe I Prix Ganay. Fair Mix avait été élevé par Jean-Luc Lagardère, à l’image, quelques années plus tôt, de Polytain, qu’Antonio Spanu réclama à François Boutin, à l’issue de son succès de débuts, à 3 ans, sur l’hippodrome de Maisons-Laffitte, et qui, deux mois plus tard, remportait le Prix du Jockey-Club ! Enfin, et là encore sans pouvoir affirmer l'exhaustivité, on se rappellera aussi des exploits de Cardmania, acheté dans un réclamer par Jean Couvercelle avant de connaître la gloire d'une victoire outre-Atlantique dans une Breeders' Cup.


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