Beaucoup a été dit et écrit depuis samedi et le retour incroyable au tout premier plan sportif d’Idao de Tillard cinq mois après avoir été opéré en urgence d'un entrappement néphrosplénique du côlon qui aurait pu entraîner l’irrémédiable sans cet acte de chirurgie. Ce succès, le neuvième de sa carrière dans un Groupe 1, a été qualifié comme peut-être "sa plus belle victoire après ce qu’il a connu" par Thierry Duvaldestin, son entraîneur. Tout comme, il avait accepté quarante-huit heures après l’opération pratiquée par l’un de ses confrères au centre hospitalier vétérinaire équin de Livet d’expliquer ce qui s’était passé et la nature de l’intervention, Loïc Vallois, le vétérinaire traitant du champion, revient dans une interview exclusive pour 24h le Mag sur la guérison, la convalescence, le processus de remise en forme et le retour à la compétition d’Idao de Tillard.
Cela s’est-il bien passé ?
Comme le cheval était très démusclé, on a vraiment eu du mal. "Idao" était en effet très raide, ce qui était provoqué par le fait justement d’être démusclé. On n’était pas très rassurés à ce moment-là.
Aujourd’hui, il n’a pas encore retrouvé l’intégralité de la musculature qui était la sienne avant l’opération.
Qu’avez-vous fait alors ?
On a essayé de maximiser tous les exercices pour essayer de le décontracter au maximum et de lui faire reprendre des muscles. Il a beaucoup marché, beaucoup trotté. Il fallait faire preuve de patience et lui donner du temps. Quand il a fait sa rentrée à Caen, le 12 mars, cela faisait moins d’un mois qu’il avait recommencé à travailler, c’est-à-dire à trotter à plus grande vitesse. La reprise de l’entraînement proprement dit a été très progressive. Aujourd’hui, il n’a pas encore retrouvé l’intégralité de la musculature qui était la sienne avant l’opération. Elle finit de revenir. Après la course de Vincennes, le 4 avril, c’est revenu bien de ce point de vue. Il a donc fallu adapter le travail durant toute cette période. Le plus important pour moi, c’est qu’à partir de la course de Vincennes, "Idao" a repris un état d’esprit et un mental complètement différents.
Même s’il a recouru sans être prêt, on a bien fait de le faire. Thierry avait raison, le cheval en avait besoin.
C’est-à-dire ?
On a vu son mental changer. Il a redécouvert l’envie. On le voit d’ailleurs très bien dans la ligne d’arrivée d’Enghien où il a les oreilles dans le poil. Si la convalescence a réussi, c’est avant tout parce que le cheval a une envie de fou ! C’est pour cela que ça a marché. Ça n’a pas marché parce que l’on a fait un bon programme. Il a envie et se donne. Pour cela, il fallait recourir. Même s’il a recouru sans être prêt, on a bien fait de le faire. Thierry avait raison, le cheval en avait besoin. Il fallait le remettre en mode entraînement, compétition, récupération. Je crois énormément au fait qu’il se passe quelque chose dans son mental quand il est de retour sur un hippodrome. Depuis sa reprise de la compétition, Clément (Duvaldestin) a mené toutes les courses pour le cheval. "Idao" a retrouvé une énergie et une motivation de fou.
Est-ce que cela a été plus long qu’imaginé, si tant est qu'il était possible d’imaginer quoi que ce soit dans un tel cas ?
Cela a quand même été très vite. Il y a des moments où l’on a douté mais, finalement, cela a quand même été très court.
Si la semaine où il a été opéré, on vous avait dit que 150 jours après il gagnerait le Prix de l’Atlantique, l’auriez-vous cru ?
Ah non, je ne l’aurais pas cru !
Idao de Tillard est hors normes à cause de son mental et de son envie. (...) Il a toutes les qualités mentales qui ont fait que cela a été possible.
Idao de Tillard est-il vraiment à part ?
Il est hors normes à cause de son mental et de son envie. C’est un cheval très calme de nature, qui veut tout bien, ne s’énerve jamais et n’est pas stressé. Avec un cheval anxieux et nerveux, cela n’aurait pas marché. Il a toutes les qualités mentales qui ont fait que cela a été possible.
Au niveau de son alimentation, comment cela se passe-t-il ?
C’est un cheval gourmand de nature. Il a repris l’alimentation qui était la sienne. On fait en sorte qu’il n’ait ni trop, ni pas assez, pour éviter les surcharges et les coliques.
C’est une histoire incroyable, non ?
C’est génial pour le cheval, pour les courses, pour tout ! Il est hors normes. Il a montré qu’il était possible de revenir à ce niveau de compétition pour un cheval après une telle intervention chirurgicale à partir du moment où le cheval en question a le mental et la force de caractère. On sait maintenant que c’est possible. Ça va donner de l’espoir pour les autres. C’est une bonne chose pour tout le monde.
À quoi avez-vous pensé samedi dernier quand vous l’avez vu gagner ?
Que je n’ai jamais croisé un cheval avec un mental pareil. C’est vraiment un cheval extraordinaire. C’est une récompense de tout le travail de toute une équipe.
Sur une piste, c’est un guerrier. Je pense que, samedi, il a gagné avec sa tête !
Qu’avez-vous appris de ces cinq derniers mois ?
C’est une bonne question… (il réfléchit). Qu’Idao de Tillard est un grand cheval, ce que tout le monde savait déjà même s’il a encore pris une autre dimension. Je dirai que cela m’a appris qu’il ne fallait pas lâcher, qu’il faut toujours y croire. C’est plus généralement la leçon de mon métier de vétérinaire. On ne peut sauver les chevaux que si l’on essaye. Cela ne marche pas toujours mais, quand ça marche, c’est super. Encore une fois, ce qui fait que cela a marché dans son cas, ce sont ses capacités mentales. Sur une piste, c’est un guerrier. Je pense que, samedi, il a gagné avec sa tête !