Comment expliquez-vous cette longévité au plus haut niveau ?
C’est tout simplement un crack mais je crois qu’avant tout il se préserve. Le matin, il fait le minimum. C'est simple, il est bon dans tout. Dans sa tête, dans sa façon de faire, etc. On voit qu’il a un truc en plus depuis toujours. Dès le début, il n’était jamais fatigué quand il rentrait du travail. Ça n’a pas changé. Forcément, à l’âge qui est le sien aujourd’hui, j’essaye de le travailler un peu moins fort. Entre ses courses, il retourne au Haras de Sassy pour nager. Il reste là-bas une dizaine de jours, ce qui permet d’éviter qu’il ne travaille sur la piste. Depuis cette année, j’ai encore accentué cette façon de faire pour lui éviter les tours de piste. Pour cela, la piscine est l’idéal d’autant qu’il nage bien. Angélique (Beaufils) le connaît par cœur et s’en occupe magnifiquement.
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Dans la gestion de sa carrière, les installations du Haras de Sassy constituent-elles un plus important ?
Disons que j’avais déjà eu l’expérience là-bas avec Dijon qui faisait la monte en même temps qu’il courait. Il avait préparé son Elitloppet là-bas. J’avais donc mes repères sur la piste du haras qui appartenait avant à Jean-Étienne Dubois. Avec "Go", j’ai continué de travailler de la même manière au même endroit en m’appuyant sur mes repères. C’est plus facile que de découvrir un nouvel endroit. Le travail à la piscine est un complément important. Au lieu d’aller trois fois en piste dans la semaine, il n’y va qu’une fois. C’est son rythme là-bas. Quand il est là-bas, j’essaye de m'y rendre une fois par semaine pour le travailler. Il est retourné à Sassy sitôt après sa course à Mons et je vais le récupérer la semaine prochaine. L’idée est d’optimiser au mieux. Avec des chevaux de 10 ans, il faut privilégier tout ce qu’il y a de mieux pour eux.
"Avec le recul, le fait de ne pas pouvoir le déferrer jeune s’est sûrement révélé une chance."
Revenons sur cette longévité. Il faut se rappeler que Go On Boy court depuis l’âge de 2 ans.
Cette longévité au plus haut niveau n’arrive quasiment plus de nos jours. Sans me lancer des fleurs, on l’a bien préservé notamment sans le déferrer trop tôt et en le faisant avec parcimonie. On s’est vite rendu compte que ce n’était pas possible de le déferrer quand il était jeune. On l’a fait assez tard. Cela joue un rôle je pense dans la longévité de sa carrière. Aujourd’hui, on voit bien que vous êtes quasiment obligé de déferrer ou de plaquer dès le Critérium des 3 Ans parce que tous vos adversaires le sont. Je savais qu’avec lui il n’était pas possible de le déferrer jeune. Avec le recul, le fait de ne pas pouvoir le déferrer jeune s’est sûrement révélé une chance. Est-ce qu'il aurait fait la même carrière chez un autre entraîneur qui l’aurait déferré jeune ? Je ne sais pas.
À 5 ou 6 ans, je ne le trouvais pas encore sûr dans ses allures. Il fallait que je fasse attention. Ce n’est que dans son année de 7 ans qu’il a commencé à être bien et on l’a couru pieds nus l’année suivante seulement.
Cela a quelque chose d'anachronique, non ?
Il est hors normes. Quand vous l’attelez, il a le mental d’un poulain. Il n’est pas blasé du tout. J’ai eu la chance d’avoir Dijon, mais lui c’est encore autre chose. Dijon était vraiment le spécialiste des parcours de vitesse. Il était fait pour cela. Il était quasiment imprenable derrière la voiture. "Go" lui fait tout. Souvent, j’entends que c’est un cheval de courte distance. Mais non ! La preuve, il a gagné trois fois le Grand Prix de Wallonie sur 2.840 mètres en étant ferré. Dans le Critérium des 4 Ans, il était tête et corde. Certes, il court souvent des parcours de vitesse, mais c’est le programme qui est ainsi fait. Comme il court ferré, c’est aussi plus compliqué de le faire sur des longues distances et encore plus à Vincennes avec la montée.
"Souvent, j’entends que c’est un cheval de courte distance. Mais non ! La preuve, il a gagné trois fois le Grand Prix de Wallonie sur 2.840m. en étant ferré."
Cela explique que son programme soit plus axé sur la vitesse ?
Oui un petit peu. Il y a beaucoup de bonnes courses en Europe sur des courtes distances. Mais il faut de la tenue pour courir sur 1.600 mètres. Il est complet et n’a pas de défaut. J’ai bien conscience d’avoir une chance énorme. C’est pour ça que je dis depuis le début qu’il faut qu’il dure le plus longtemps possible.
"J’ai bien conscience d’avoir une chance énorme. C’est pour ça que je dis depuis le début qu’il faut qu’il dure le plus longtemps possible."
L’UET Elite Circuit est-il un challenge que vous vous fixez chaque année ?
Pas spécialement. Mais toutes les bonnes couses qu’il a à disputer font partie de ce circuit. De plus, le fait d’être bien placé dans les cinq premiers au classement général permet de choisir son numéro derrière l’autostart dans la finale. C’est important, surtout qu’avec lui on a souvent eu de mauvais numéros. Pour une fois que l’on peut choisir son numéro !
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On sent que ces expériences à l’étranger sont essentielles à vos yeux.
Oui bien sûr ! Déjà à l’époque de Dijon, cela m’avait permis de passer un cap. Cette expérience m’a servi avec Go On Boy. Le driver que je suis apprend en participant à ces grandes courses-là à l’étranger. C’est enrichissant.
Comment décrivez-vous votre relation avec lui ?
C’est un copain. Il sait que c’est moi. On a une vraie relation. C’est la première fois que je vis ça à ce point-là. Surtout qu’il est rare maintenant d’avoir un cheval depuis qu’il est yearling jusqu’à ses 10 ans. La plupart arrivent à l’écurie plus tard ou ont terminé leur carrière à cet âge-là. Il y a des années de relation et elle est de plus en plus forte.
Et en même temps, vous êtes plus sur la fin de cette relation qu’au début…
C’est sûr. J’essaye de ne pas y penser. Pour l’instant, le cheval est bien et on en profite. Dans l’idéal, j’aimerais bien qu’il poursuive sa carrière jusqu’à la fin de l’année prochaine. Plus, ce ne sera pas évident mais pourquoi pas… Le jour où il ne sera plus bien, on arrêtera.
Quel est son programme immédiat ?
Il va courir la Finale de l’UET Elite Circuit et il est possible qu’il retourne en Italie pour courir le Grand Prix des Nations à Milan. Ensuite, il sera un mois à Sassy en novembre où il ne fera que de la piscine comme tous les ans à cette période en amont du meeting d'hiver. Si tout va bien, je le préparerai pour faire une rentrée dans le Prix de Bourgogne. Le plan est plus ou moins celui-ci.
Avec évidemment le Prix d’Amérique en toile de fond.
Oui forcément. J’ai le regret l’an dernier qu’il a été malade pendant quinze jours trois semaines avant le jour J. Sans cela, je pense qu’il aurait été encore dans les trois premiers. Même si c’est un champion, je savais que la préparation était trop compliquée pour gagner une telle course. La preuve, quinze jours après, il se réhabilitait en terminant deuxième du Prix de France.
Est-ce un manque le Prix d’Amérique ?
Oui c’en est un, mais comment je pourrais lui reprocher de ne pas l’avoir gagné quand l’heure de sa retraite aura sonnée ? Il nous a tellement fait plaisir. C’est le cheval d’une vie.
Il a de plus en plus ce mental de poulain. C’est sûrement ce qui fait sa force.
Vous rappelez-vous votre première rencontre ?
C’était aux ventes de Caen. Je ne l’avais pas coché sur mon catalogue. Mais, quand on l’a vu avec ma femme, quelque chose nous a attirés. Il avait un physique que j’aimais bien. Pas trop grand, pas trop petit, assez râblé. Je me souviens qu’il était déjà très posé dans son box. Il était tranquille malgré l’agitation que peut représenter un jour de ventes pour un yearling. C’était notre jour de chance.
Et depuis ?
Plus les années passent et plus je trouve qu’il a le mental d’un poulain. Il faut vraiment faire attention quand on l’attelle car il est capable de se faire peur d’un oiseau. On s’est foutu de moi quand j’avais dit qu’il avait perdu une course à Enghien où il avait galopé dans le dernier tournant en prenant peur de corbeaux qui s’étaient envolés. On passe pour un con quand on dit ça, mais le matin il est capable d’un demi-tour en pleine ligne droite parce qu’il a vu un oiseau qui s’envole. Il a de plus en plus ce mental de poulain. C’est sûrement ce qui fait sa force. On voit qu’il est content d’aller en piste. Ce n’est pas une contrainte pour lui. C’est un jeu pour lui.